Un après-midi avec Cheikha – Deuxième Partie

Salam les amis

Vous la réclamiez, la voilà la suite de notre entrevue avec Cheikha. Pour ceux qui avaient raté la première partie, vous pouvez la lire ici

AgenDakar : Cheikha ne croyez vous pas que les artistes sénégalais, en particulier les musiciens, pourraient aider à exporter plus la mode sénégalaise au niveau international ? S’ils portaient un peu plus les tenues sénégalaises, par exemple durant leurs tournées à travers le monde, cela pourrait peut être aider à faire la promotion de la mode sénégalaise?

 

Cheikha : Non, moi le musicien je ne le condamne pas du tout. Je crois que c’est surtout la faute des créateurs qui ne proposent pas aux musiciens de porter et promouvoir leur créations à travers le monde. Le musicien ce qu’on lui demande c’est de produire une musique de qualité. Le créateur aussi doit trouver un support qui puisse lui permettre de bien évoluer. C’est au créateur de voir quel est le musicien le mieux adapté à son style et de lui proposer une collaboration.

NJaaya dans une robe de Cheikha

AgenDakar : Et vous, proposez-vous souvent à des artistes de les habiller ?

Cheikha : En fait, on me le reproche même souvent. Il parait que mes créations sont plus destinées au monde artistique.

AgenDakar : Oui, nous avons vu récemment que vous avez habillé  Njaaya pour son concert… 

Cheikha : Oui Njaaya, les Cruellas, le Selebe Yoon (NDLR: l’actuel BI Yoon)  , Timshel, Daara-J, Joloff 4 life….

AgenDakar : Comment cela se passe-t-il ?  Est-ce eux qui viennent vous voir, ou est-ce vous qui allez vers eux ?

Cheikha : Je suis dans le milieu culturel, ce sont des échanges… Ils pensent à moi quand ils font quelque chose et c’est comme ça qu’on se retrouve à travailler ensemble.

 

AgenDakar : Un sénégalais Lambda, qui n’est pas artiste, qui a envie de s’habiller Sigil, comment fait-il?

Cheikha : Mais nous sommes là pour le sénégalais Lambda, pour tout le monde!

AgenDakar : Oui, mais nous parlons de l’accessibilité de vos créations. Aujourd’hui un jeune étudiant sénégalais  qui a envie de se payer  un pantalon ou une veste Sigil, peut-il y accéder facilement ?

Cheikha : Ne me posez même pas la question. Renseignez vous et vous verrez que je suis le moins cher de tous les créateurs aujourd’hui au Sénégal.

AgenDakar : Où peut-on acheter des habits Sigil à Dakar ?

Cheikha : Ici (NDLR : Show room Sicap  rue 10 ) &  Chez Michel Ka.

 AgenDakar : Aujourd’hui quelle est l’équipe de Sigil ?

Cheikha : L’équipe est très éparpillée parce que je sous-traite beaucoup avec des gens de ma formation. Des jeunes de Médina, Thiaroye, Colobane…une manière de faire participer les jeunes.

AgenDakar : De toutes vos collections, laquelle vous rend le plus fier ?

Cheikha : Définitivement la première collection que j’ai réalisée pour Sigil et qui a fait de moi ce que je suis.

AgenDakar : Quels sont vos objectifs, vos projets ?

Cheikha : C’est d’ouvrir un espace pour accueillir des jeunes créateurs pour 2010 au plus tard.

A court terme, c’est de présenter un spectacle inédit pour le FESMAN qui va intégrer à la fois la mode, la musique, la danse et le cinéma. Présenter un spectacle qui ne soit pas le défilé classique qu’on connait au Sénégal.

AgenDakar : Que vous inspire le FESMAN ?

Cheikha : Vous savez c’est la troisième édition mais c’est la première fois que la mode est associée à ce festival. Il faut donc qu’on arrive avec un excellent niveau, des idées novatrices et artistiques. Vous savez au Sénégal la mode n’est pas encore entièrement considérée comme un art. Nous sommes juste « invités » dans le milieu artistique. Nous ne sommes pas considérés comme si nous en faisions entièrement partie.

AgenDakar : Vous arrive- t- il de collaborer avec des collègues du cinéma ou du théâtre ?

Cheikha : Justement, j’ai d’ailleurs eu une expérience absolument géniale avec les Cruellas. Cette collaboration fait partie de mes préférées. Je les ai habillées pour leur spectacle (NDLR ; spectacle « Polymachin » à voir absolument cela dit en passant).

J’ai aussi travaillé avec Moussa Sene Absa dans Teranga blues.

AgenDakar : Maintenant dites nous, si Cheikha devait être un autre artiste que styliste et designer, il serait quoi ? 

Cheikha: Cinéaste c’est un métier que j’aime beaucoup. Et si je ne devais pas être artiste j’aurais aimé être médecin.

AgenDakar : Pourquoi médecin ?

Cheikha : Tout ce qui permet d’aider les gens m’interpelle sérieusement.

 

 

AgenDakar : Dites-nous quels sont vos cinéastes préférés?

Djibril Diop Mambety

Djibril Diop Mambety

Cheikha : Djibril Diop Mambeti Moussa Sene Absa . Ce sont mes références. Mambety c’est avec lui que j’ai découvert le cinéma et qui m’a appris énormément de choses. Avec lui j’apprends toujours !

 

AgenDakar : A part le cinéma sénégalais ?

Cheikha : C’est celui qui m’intéresse le plus, mais j’aime bien les films biographiques. J’ai un peu assisté  au tournage du film « La môme » sur Edith Piaf et c’est avec ce film que j’ai su qui était vraiment  Edith Piaf. Je trouve ce genre de films constructifs.

AgenDakar : Maintenant parlons de Cheikha et la musique. Qu’est ce que vous écoutez en général ?

Cheikha : J’écoute beaucoup de reggae. Le reggae vient du ghetto, il transmet un message vrai.

AgenDakar : Quels artistes écoutez vous dans le reggae ?

Cheikha : J’écoute beaucoup plus Bob Marley ! Ensuite il y a Alpha Blondy, Tiken Jah. Mais en ce moment mon reggae à moi c’est Daara-J family.

AgenDakar : On voit que vous parlez beaucoup de Daara-J family.

Daara-J Family

Daara-J Family

Cheikha : Vous savez nos histoires sont liées. J’ai fait leurs premières tenues de scène. Avant de faire « officiellement » de la mode, j’en faisais déjà pour les Daara-J et on a continué ensemble …

AgenDakar: Dites nous, quelles sont vos sorties ? Où Cheikha aime t-il aller s’amuser ?

Cheikha: Je ne sors pas beaucoup. Ce que je fais souvent c’est les  « zikrs » (veillées religieuses mourides). C’est ça qui me rend heureux. Il m’arrive quand même de sortir entre potes mais c’est rare.

 

 

 

AgenDakar : Et quand ça arrive, que faites vous ? Boites ? Restaurants ?

Cheikha : On va dans des endroits comme le Just for u, le Pen’art, boire un verre. Moi je ne danse pas (rires).

AgenDakar : Pourquoi vous ne dansez pas ?

Cheikha : C’est comme ça depuis longtemps. Je me suis interdit certaines choses depuis mon adolescence pour ne pas dériver. La tentation était trop présente et je ne pouvais pas me permettre de dériver.

Jean-Michel Basquiat, Zydeco, 1984_New York_USA

Jean-Michel Basquiat, Zydeco, 1984_New York_USA

AgenDakar : Cheikha, quels sont vos artistes préférés toutes disciplines confondues?

Cheikha : Mambety, Daara- J et le peintre Jean-Michel Basquiat .

AgenDakar : Vous aimez la peinture ?

Cheikha : Je ne peux pas ne pas aimer la peinture. Je suis né dans une famille d’artistes toutes disciplines confondues. Dans ma famille presque tout le monde est artiste. Notre maison familiale c’était un atelier, il y avait des artistes de la génération de Joe Ouakam, Manga. Le film « Baks Yamba »(NDLR: Long métrage sénégalais réalisé par  Momar Thiam) a été tourné chez nous.

AgenDakar : Cheikha et la lecture ?

Cheikha : En fait, je ne lis pas directement. On me fait la lecture parce que je n’ai pas vraiment fait l’école. Parfois j’enregistre. En ce moment, je suis à fond dans les livres de Birago Diop . Il m’inspire beaucoup pour le scenario du spectacle dont je vous parlais. Je « lis » beaucoup aussi sur les tirailleurs, de même que le cinéma, les scènes de fictions. Tout cela pour mon spectacle.

AgenDakar : Nous espérons qu’ AgenDakar  sera associé à ce spectacle ?

Cheikha : Forcément !

Agendakar : Merci Cheikha !

Cheikha: C’était un plaisir

 


Propos recueillis par Mya et Aisha