Souleymane Bachir Diagne: Culture & Mondialisation

Ils sont les gardiens du temple. Écrivains, artistes, historiens, philosophes, vieux sages… Ils ont beaucoup à nous apprendre et nous allons les rencontrer régulièrement pour vous dans notre série : « Les gardiens du temple ».

Nous connaissons tous le Très Sérieux Professeur Souleymane Bachir Diagne qui fait de la recherche dans des domaines aussi abstraits que la philosophie et la logique et qui écrit des livres sur la philosophie en Terre d’Islam.

Aujourd’hui, AgenDakar.com vous propose de découvrir d’autres aspects de ce fascinant personnage. Le professeur Diagne nous a en effet gracieusement accordé une interview centrée sur son rapport à la culture. On y découvre un homme différent du cliché du philosophe austère et étourdi. M. Diagne, que les initiés savaient déjà fanatique de foot, nous révèle entres autres qu’il gratte un peu de la guitare. AgenDakaroises et AgenDakarois, voici le professeur Diagne tel que vous ne l’avez jamais lu…

Vous semblez être un cauchemar de stéréotypiste : musulman pratiquant et philosophe, francophone et anglophone et arabophone, universaliste et défenseur de la négritude ; comment faites-vous coexister en vous ces dimensions que la plupart jugent contradictoires ?

SBD: Nous apprenons avec Edgar Morin que penser c’estpenser la complexité, ne pas simplifier, ne pas réduire. C’est la réalité qui est complexité et cela vaut pour la réalité des individus aussi

Nous vivons un monde qui nous enseigne la valeur du pluralisme, la nécessité de voir les choses depuis les points de vue différents qu’offre la maîtrise de plusieurs langues. Le prophète de l’Islam a dit qu’autant de langues on pratique, autant d’hommes on vaut. Cela ne veut pas dire qu’il faille tomber pour autant dans un relativisme paresseux.

Vivre et penser le pluralisme n’est pas perdre le souci de l’universel, c’est au contraire le prendre au sérieux et s’apercevoir que l’universel c’est justement la traduction, la capacité de passer d’une langue à une autre, de ne pas accepter que les expériences humaines soient incommensurables

 

Sénégalais francophone, vivant à New York et voyageant partout dans le monde, vous êtes de facto au cœur de la mondialisation. Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’elle mène à une universalisation culturelle qui ferait que nous adopterions tous le mode de vie véhiculé par Hollywood ? Selon-vous, comment nos cultures pourront-elles se préserver de cette invasion ?

SBD: Justement, j’ai commencé à répondre à cette question en évoquant la traduction. La mondialisation ne doit pas être l’imposition d’un modèle, d’une culture ou d’une langue mais la promotion de la traduction des langues les unes dans les autres, dans le commerce culturel qui est réciprocité. Qui doit être réciprocité, devrait-on dire car il y a le risqué que vous évoquez. Mais sans minimiser ce risque il faut quand même s’aviser que les cultures humaines sont résiliantes.

Il ne faut pas avoir peur de la rencontre, une culture qui se sent fragile devant la mondialisation est une culture malade et déjà morte. Il faut avoir confiance en soi,  aller au devant des hybridations qui sont une manière de vivre pour les cultures humaines. Regardez quelles cultures ont marqué par exemple la musique dans le monde au vingtième siècle et en celui qui vient de commencer.

Ce ne sont pas les cultures portées par de puissantes industries qui sont nécessairement celles qui n’ont rien à donner et tout à prendre, c’est-à-dire imiter. Comme je dis souvent : il faut savoir que la fidélité à ce que l’on est se trouve dans le mouvement de se transformer, dans le mouvement de vivre.

A suivre…

Propos recueillis par Hady Ba

Sources Images:

http://www.galsentv.com/

http://liberte1.afrikblog.com/

http://www.editionsphoenix.net/

Article écrit en 2011