Vanité ? Vous avez dit Vanité ?

« Vanity is definitely my favorite sin » disait dieu, oops je voulais dire Al Pacino dans la dernière réplique du film « L’associé du diable ». Oui je sais, Al Pacino jouait plutôt le rôle du diable dans ce film, mais quoi qu’il joue,  Pacino reste  un dieu 🙂

« La vanité est décidément mon péché préféré » disait donc le diable dans ce film mythique. C’est certainement ce petit péché qui nous conduit, tous au Studio des Vanités d’Omar Victor Diop.

Un péché qui n’en n’est plus un, quand on sait que venant de l’artiste c’est une bonne action, et une des plus belles !

Omar Victor Diop By Antoine TempeNon nous ne parlons pas cinéma ce soir, ni Onomollywood, mais nous revenons comme promis sur le photographe Omar Victor Diop (en long et en large, parce que croyez le, cela vaut lé détour)  un artiste spécial qui a touché le cœur de votre terroriste culturelle dès ces premiers mots :

Pour « Le Studio des Vanités » je photographie des gens dont je suis le travail depuis un bon bout de temps, tout le dévouement qu’ils mettent à donner du dynamisme à la chose culturelle dans leur environnement que ce soit à Dakar ou ailleurs. Il s’agit de gens qui produisent, soutiennent, échangent, font passer l’information et initient des choses eux même C’est le seul  moyen de s’approprier la culture. Il y a quelques années la culture c’était très institutionnel (gouvernements, galeries, instituts). On était tous des consommateurs, il n’y avait pas de diversité. Il n y avait pas ce coté underground, par exemple des slammeurs qui se rencontrent par un obscur soir de Vendredi pour partager. C’est ça que je trouve remarquable. »

Dites moi comment résister à ce discours hein ?:) C’est tout de suite ce qui marque chez Viktor, ce côté dynamique cet engouement pour le bouillonnement culturel auquel il participe et qu’il encourage et met en avant.

Dans la culture il y a beaucoup de travail mais hélas tous ceux qui travaillent ne sont pas mis en évidence. Il y a plein de gens qui se cachent derrière un blog, une création un apport logistique… c’est bien de mettre un gentil projecteur dessus, et pour le coup ce n’est pas juste le flash de l’appareil (rire).

En résumé:

Je photographie tout ceux qui par leur activité quotidienne travaillent au renforcement du secteur culturel et aussi qui encouragent le dialogue. (Pensées de chat : Et comment ne pas se sentir honorée après ça d’avoir été prise en photo au Studio des Vanités ?:) )

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Viktor est un photographe autodidacte qui travaillait dans une multinationale. « Un boulot bien sérieux avec des responsabilités très tôt ». Son hobby a pris le dessus tout naturellement pour devenir son travail à temps plein. Quoi de mieux que d’allier passion et gagne pain ? Ainsi est né le Studio Des Vanités. Mais Pourquoi Studio des Vanités ?

« En fait c’est une gentille vanité. En général, Le portrait proposé, particulièrement en Afrique de l’ouest ça implique une certaine vanité. On porte ses plus beaux habits sa plus belle coiffure, et tout ce qu’on a de plus beau pour aller poser parce qu’on va prendre une photo qui va survivre au temps .Le studio des Vanités c’est le carré ou on a le droit de « DOSER » (se la jouer) le temps d’une photo.« 

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Viktor met en scène chacune de ses photos. Le temps et l’énergie qu’il consacre à chaque shooting sont assez impressionnants. L’artiste n’hésite pas à se déplacer chez la personne qu’il doit photographier pour avoir un aperçu de son look de manière à préparer le décor. Souvent, en partant du vêtement il va lui même chercher tout le reste. Il arrive aussi qu’il participe à la création de la tenue, accompagne le sujet chez le tailleur, aille à la recherche d’accessoire etc.

Après cela il se met à « la recherche » de son décor. Ce qui peut le mener partout, même jusqu’aux puces, selon l’inspiration du moment.

De l’inspiration, Il en prend partout et sur tout, même s’il n’est pas le genre de photographe à se promener avec son appareil photo.

« Je me promène avec mes yeux j’ai les yeux complètement ouverts tout le temps, Moi je suis plutôt dans le pausé, la mise en scène je ne prends pas des moments, je prend de l’inspiration. Là par exemple je regarde ta robe ton collier et je pense déjà à composer un truc »

(Pensées : Miaou ! J’ai inspiré un photographe ce soir et vous ? Hihihi)

Vous l’avez remarqué, il y a beaucoup de poésie dans les mots du photographe. Poésie que l’on retrouve dans ses images, ses mises en scène. Il précise qu’au Studio des Vanités ce n’est pas seulement lui qui s’exprime, « le modèle aussi qu’il le veuille ou non il a forcément quelque chose à raconter par son look et son attitude. »

Demandez à l’artiste s’il y a une personne en particulier qu’il aimerait photographier et vous l’entendrez répéter trois fois (3) fois avec un rire toujours candide : « Erykah Badu! Erykah Badu! Erykah Badu! » D’accord on a compris !:) MlleErykah Badu, si vous lisez cet article….:)

« En fait Erykah Badu C’est pour moi un symbole de la beauté black dans toute son assertivité. Elle n’est pas là à crier « Im black ». Elle l’est juste. Elle l’est vraiment, et elle l’est bien. A coté de ça c’est une artiste incroyable. Sa musique et ses textes sont incroyables. C’est une icône. »

1175264 609748752403427 501266084 nEn attendant qu’Erykah Badu pose pour lui, nous savons qu’Omar Victor Diop a eu une belle séance de shooting récemment avec l’artiste américaine Solange Knowles, une belle collaboration dont il est très content, mais sur laquelle il reste très discret. Il ne peut pas en dire plus pour le moment, mais comptez bien sur Agendakar pour vous informer au moment venu. Cette Collaboration arrivée « naturellement » à lui comme c’est souvent le cas, nous confie Viktor.

« J’ai photographié l’autre jour l’acteur Jimmy Jean louis et c’est venu de lui. Bien entendu ça a été un énorme plaisir pour moi parce que je connais son travail en tant qu’acteur. Même quand c’est un anonyme cela fait toujours plaisir quand quelqu’un te dit qu’il veut shooter avec Toi. Alors on a organisé un shoot, il m a laissé toutes les reines créatives, il s’est bien prêté au jeu et c’était très intéressant.« 

Dans la liste des personnes qu’il aimerait photographier, il y a aussi l’acteur Morgan Freeman. « Qui n’a pas envie de vieillir comme lui d’avoir ses cheveux poivre et sel ? » et la chanteuse Imany.

Au Sénégal il y a Coumba Gawlo « surtout pour rendre hommage à la bosseuse qu’elle est. On était tous la quand elle a commencé, regarde ce qu’elle est devenue aujourd’hui, et toute seule. C’est remarquable, et avec c’est une expression de la sénégalité qui est juste incroyable. »

Nous avons aussi Diouma Diakhaté. « Un jour j’irai taper à sa porte « Vous ne me connaissez pas mais je veux vous photographier » dit-il tout sourire Pourquoi Diouma Dieng ? Parce que c’est notre Catherine Deneuve à nous.

C’est toujours avec cette charmante discrétion que l’artiste réussit à nouer un rapport spécial mais naturel avec ses sujets

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Je capture ce qu’on me donne de manière général, je n’aime pas forcer les gens …sauf dans la photo de mode ou c’est un jeu d’acteur. C’est plus par mon éducation. Ici tu prends ce qu’on te donne parce que ce qu’on te donne c’est un cadeau,(Pensées de chat ; poétique disais je!) Il faut créer une confiance. Dans les shooting je me raconte beaucoup et c’est vraiment du vrai. C’est un échange. En général je donne beaucoup et les gens suivent. C’est comme ça qu’on crée un vrai rapport et cela se voit sur la photo

(Pensées de chat : C’est donc ça le secret!)

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Demandez à Omar Victor Diop quelles sont à ses yeux la qualité d’un bon photographe, vous serez un peu surpris.

« Honnêtement, et ce n’est pas du pipo je crois vraiment ce que je vais te dire, je ne comprend pas cette expression de bon photographe. Quand quelqu’un se donne les moyens en achetant un appareil, qu’il regarde son univers qu’il voit un truc qui lui plait qu’il le photographie , toi tu es qui pour lui dire que c’est bon ou c’est pas bon ? C’est sa vision ! Maintenant si c’est de la photographie de presse, un reportage ou s’il y a des critères techniques, effectivement on peut, par la qualité technique ou la composition parler d’un bon ou moins bon photographe …« 

Bon alors un petit « plus », un petit conseil ?

« Ce qui donne les travaux les plus forts, ce sont les travaux où quand tu crées, tu n’as rien à secouer et ça va plaire ou pas. Mais si tu photographies en pensant « oh je vais avoir une belle expo, ça ne marche pas. Il faut que ce soit spontané que cela vienne du cœur.« 

Il nous raconte son premier projet en 2011 qui est parti d’un délire spontané comme ça et qui lui a valu un grand succès jusqu’à aujourd’hui.

« J’ai appelé une très bonne amie Yacine N’diaye qui avait été mannequin avant et on s’est marré comme des malades. J’ai agrafé sur elle des sacs poubelles. L’idée était que les sacs poubelles c’est ce qu’il y a de pire pour l’environnement mais c’est quand même beau sur le plan purement texturale. Au lieu de les jeter dans l’environnement justement, on peut exploiter ce potentiel esthétique.Ce projet a eu un tel succès ! Je continue encore à l’exposer. Je l’expose l’année prochaine à Bruxelles ; en ce moment il est à Lisbonne, aux Rencontres d’Arles en France, le plus gros événement photo du monde j’ai eu la chance d’y avoir exposé en 2012.« 

Ce tout premier projet a été exposé à la biennale de Bamako en 2010. Un des plus beaux souvenirs de l’artiste.
C’est une « validation » comme si tu rentrais au CI à l’école et qu’on te donnait direct le BAC (rires), tu te dis qu’il y a une erreur ce n’est pas possible… J’étais donc sélectionné pour exposer à Bamako. J’arrive sur le lieu d’exposition qui est le musée national du mali, un très beau bâtiment. Je marche dans le jardin et je vois une image entre deux arbres 4 mètres de large, énorme et c’est ma photo. Je n’avais jamais vu mon travail imprimé. C’était quand même quelque chose.

Omar Victor Diop aime la diversité, la créativité, l’Afrique qui bouillonne. Il nous confie avoir été marqué par le film black mic mac.

« Je me souviens il y a une scène dans une boite de nuit à Paris,. Il y a un défilé de sapeurs avec les Jobalar. Le film m’a marqué parce que cela a allumé cette passion que j’ai j’aime pour l’Afrique urbaine, l’Afrique dynamique l’Afrique qui mélange du Azzaro avec du pagne congolais.« 

« Ce n’est pas nouveau ces choses là. On le remarque maintenant parce que c’est maintenant qu’on le revendique c’est tout. Les jeunes qui avaient entre 18 et 25 ans dans les années 80, je me demande s’ils n’avaient plus de « peps » que nous. Je me souviens encore comment me soeurs et mes frères s’habillaient et customisaient leurs tenues, il n’y avait pas encore Mango, zara et tout ça mais il y avait une créativité énorme. L’autre jour je regardais les photos de mariage de ma sœur en 1989 mais comment les filles elles étaient lookées!!! ajoute l’artiste impressionné. « Grands boubous transparents avec juste un soutien gorge, ça maintenant ce n’est plus possible » C’est cet Afrique qui bouge qu’il aime et pour laquelle il a beaucoup de projets. »

Chiara Barison, Sociologue et présentratrice télé

« Je crois que je vais faire une antenne abidjanaise et peut être même gabonaise du Studio des Vanités.« 

Amis d’Abidjan et du Gabon, soyez prêts à accueillir notre Viktor, et ne pensez surtout pas à nous le voler, nous y tenons trop pour le laisser s’envoler 🙂

 

 

 

 

 

Miaou

 

Propos recueillis par Aîe-Chat
Photos : Omar Victor Diop
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Article écrit en 2013