Faada Freddy – Gospel Journey : tout sur sa nouvelle carrière

Il y a déjà un an, je vous parlais de Gospel Journey, le prochain album solo de Faada Freddy que je découvrais à son invitation en studio, pendant que la graine était en train d’être semée patiemment. Aujourd’hui la dite graine a grandi et laisse bourgeonner de belles promesses.

Faada Freddy et son équipe nous avaient promis, de nous raconter toute l’histoire de ce projet « quand ce sera le moment ». Hé bien c’est le moment, et c’est un Freddy passionné et débordant de joie de vivre qui nous dit tout sur sa nouvelle carrière solo en parallèle avec celle de son groupe Daara-J Family, ainsi que les détails de ce projet pas comme les autres. Gospel Journey est un album 100 % à cappela dans lequel Faada Freddy explore les voies de la Soul et du Gospel ; mais aussi sa voix, qui trouve alors un espace infini pour exprimer, comme je vous le disais, tout ce qu’elle a dans les tripes. Dans cet album tous les instruments sont remplacés par de la percussion corporelle. Y sont invités des artistes comme Imany, Wasis Diop, le batteur Michael Désire (qui travaille avec Pascal Obispo) Shereeka, Philippe Aglaé, la chorale Sénégalaise « la clé de sol ». Ces artistes prêteront leur voix, ou joueront leurs instruments avec leur corps.

« L’album est une réalisation de soi par la percussion du corps et par la voix. Pour moi cet album est une révolution musicale. Ce n’est pas une révolutionpour un mouvement ou autre. Je veux juste qu’on réalise tout ce qu’on peut faire avec ce qui est en nous. Au Sénégal étant enfants, on a tous joué avec ces jeux rythmés ou tu tapes sur la poitrine. Il se met à chanter ♪ adamak awa, nio bok ndeye nio bok baay ♪  tu te rappelles ? dit-il avec enthousiasme. On a rien emprunté c’est tellement là ! C’est exactement ça que j’ai utilisé comme percussion dans l’album. Tout ça c’est ce que j’ai emprunté à mon enfance.»

Faada Freddy se retrouve donc dans un registre totalement différent de ce qu’il faisait jusque là avec Daara-J Family. Nous avons besoin d’un petit rewind pour savoir comment est né ce projet, la rencontre avec les producteurs… « Un jour j’étais au Bois Sakré (Note du chat : le studio de Daara-J Family à Dakar) et Ndongo vient me trouver et me dit qu’il y a quelqu’un qui voulait me produire. Think Zik avait produit Ayo, maintenant ils sont avec Imany. Ils nous ont expliqué plus amplement le projet et ce qu’ils avaient envie de faire avec moi. Quand j’ai vu qu’il voulait faire un travail de développement ça a commencé à m’intéresser sérieusement. Ce qui était important pour moi c’était comment faire pour mettre en valeur la voix. Quand j’ai vu que dans ce projet là je pouvais faire une exploration de la voix sans instruments, je me suis dit que c’était un challenge qui n’était certes pas facile, mais que ça en valait le coup. Quand j’ai pesé le pour et le contre je me suis rendu compte qu’en faisant du développement sur moi qui  suis un élément de Daara-J Family, ça me permet de toucher un autre public et un nouveau marché.»

Ceci répond à la question qui taraude les fans de Daara-J Family. Soyez rassurés, Freddy a un projet solo mais il ne quitte pas le groupe! Il passe de l’un à l’autre aisément, jouant un jour à Dakar avec son compère Ndongo et un autre jour à Paris ou Berlin avec Gospel Journey. On note d’ailleurs que Daara-J Family communique beaucoup sur Gospel Journey. Faada nous explique à quel point Ndongo a insisté pour qu’il fasse cet album. « Il m’a dit, confie t-il, la musique sénégalaise a besoin de ça. Je sais de quoi tu es capable, je te dis vas y, cela apportera un autre regard sur la musique sénégalaise » (Pensée de chat : Si ce n’est pas beau ça).

C’est aussi une des raisons qui fait que l’artiste préfère d’abord dérouler le projet en Europe avant de le jouer au Sénégal: « Pour éviter la polémique par rapport à Daara-J Family. Il suffit que quelqu’un te voit jouer en solo au Sénégal pour dire que Daara-J Family c’est fini » Il préfère donc laisser les choses se faire progressivement et en douceur, laisser les fans de Daara-J Family avoir écho du projet, le découvrir au fur et à mesure, le voir valser entre les deux, s’habituer…

« Apporter un autre regard sur la musique sénégalaise » a dit Ndongo, est-ce pour cette raison que Faada Freddy s’attaque au Gospel, chante en anglais et choisi de reprendre des morceaux classiques ? Non ça va au delà de ça, et il y a comme une petite histoire de magie… « L’album est 90 % en Anglais mais je chante un peu en wolof quand même. C’est un choix de dire que même si je chante en anglais, je suis d’origine sénégalais, africaine et que je connais mes origines. M’ouvrir au monde ne veut pas dire que j’abandonne mes racines »

Quant à la reprise de certains titres, il s’agit pour l’artiste  de « prendre des musiques d’horizons différents, interprétées par un africain. « Tu peux faire de la magie avec tout ce qu’on te donne. La magie est partout dans la musique. D’ailleurs que ce soit la musique américaine ou d’ailleurs, j’interprète en montrant au monde comment moi j’entends. J’entends avec une source africaine. » [Pensées de chat : ♪ Bilay sama wa diaagui ♪:)] La magie l’artiste la crée aussi avec son nouveau public lors de ses multiples concerts qu’il a choisi de présenter en Europe avant la sortie de l’album. Un public qui, en majorité le découvre parce qu’il ne connaissait pas Daara-J Family.

« Ce  projet est  familial. Je l’ai compris quand j’ai vu le public s’approprier les chansons dès les tous premiers concerts. C’est eux qui mettent en valeur les artistes. Quand nous chantons le public nous inspire à faire ce que nous faisons, en plus nous le faisons pour eux. Je me vois construire des morceaux sur scène avec le public. Le problème c’est que je ne sais pas trop comment les déclarer tous aux  droits d’auteur (rires) »

Pourtant c’est un artiste qui a déjà 20 ans de carrière à son actif, qui a fait des scènes un peu partout dans le monde qui arrive aujourd’hui dans un style complètement différent, pour gagner le cœur d’un public tout aussi différent. Qu’est ce que ça fait ? Le mot clé reste “humilité”. « Pour dire la vérité j’ai l’impression que je recommence à zéro. Cela me procure un sentiment d’humilité mais aussi de plaisir de voir le public s’agrandir de jour en jour. Le public que j’ai aujourd’hui ne me connaissait pas avant. Ils ne connaissent pas Daara-J Family. Je tiens cependant à leur expliquer à chaque fois que je viens du Sénégal, parce qu’on me demande souvent si je viens  des Etats-Unis ».

Quant au public Sénégalais, il n’a pas encore découvert Gospel Journey. Alors mister Faada, à quand Gospel Journey au Sénégal ? « Cela pourrait être au mois de mars. On est en train de voir comment faire des résidences avec mes « musiciens » au Sénégal. La base c’est le Sénégal. Ca leur permet de découvrir le pays, l’ambiance et de mieux comprendre l’esprit dans lequel je suis. Pour boucler ça on fera de petits concerts privés avant de partir pour de grandes tournées.»

Il nous confie que l’album est fini et masterisé. Notez qu’un EP est prévu pour le 28 Avril. Faada Freddy reste un éternel enfant avec des rêves un peu fous comme faire chanter un jour le président Macky Sall dans un des ses albums ou faire slammer le président Abdou Diouf. Pour rester parmi les professionnels de la musique, il aimerait faire quelque chose avec Bobby Mc Ferrin et bien d’autres : «Les deux propositions que j’avais, c’était de faire un truc avec Bobby Mc Ferrin ou Stevie Wonder (Pensées de chat : Rien que ça !) Mais pour des problèmes de timing on n’a pas pu aller jusqu’au bout. Mais j’aimerais bien Richard Bona par exemple, Ayo (avec qui j’ai déjà travaillé) Asa, Njaaya pleins d’artistes sénégalais même des gens anonymes qui ne sont pas forcement chanteurs.

Il rêve L’enfant Freddy qui refuse de grandir. Il rêve depuis tout petit et réalise ses rêves qui nous enchantent. Il continue de rêver donc pour notre plus grand bonheur : « Mon rêve c’est qu’un jour Bois Sakré pilote tous mes projets internationaux, de voir qu’il s’élève à un niveau où il pourra travailler en collaboration avec tous les labels avec qui je signe. Je pense que pour se donner les moyens il faut commencer par des projets comme ça, se faire un nom, s’imposer et puis faire revaloir le marché africain.

Des gens comme mon producteur (Note du chat : Malik N’diaye de Think Zik) qui a construit un studio au Sénégal rien que pour mon projet c’est énorme. Grâce à ça, d’autres artistes peuvent en profiter, c’est énorme.» Il rêve, il chante et il fait rêver souvent. J’ai noté cette phrase un moment dans notre conversation :«Mon nom Fatah, veut dire l’ouverture  ou celui qui ouvre les portes en arabe.»

Voici donc les portes grandes ouvertes pour encore de belles aventures… Bon vent ! Ou plutôt bon voyage !

Aisha Dème Novembre 2014