#LesPetitesGens : C’est ça aussi la culture

Le Sabar bat son plein depuis ce matin. C’est le mariage de la petite anna, la fille de la voisine. M’enfin… petite anna a bien grandi il faut le dire. Je la revois avec ses tresses et sa morve coulante venir apprendre le Coran dans le daara familial. J’ai l’impression que c’était hier…. Hier justement était célébré son mariage, en grande pompe – et en décibels, micros ouverts au ciel pour que Dieu puisse mieux entendre – à coups de versets de Coran et de chants religieux. Un mariage religieux c’est le cas de le dire.

La fête a continué ce matin « comme le veut (encore?) la tradition », réveillant le quartier à coup de joyeux sabars. A la base je crois que ceci est destiné à révéler au monde que la fille était vierge. Aux mamans de l’annoncer alors avec fierté et danse au rythme du tam tam. Aujourd’hui virginité n’est plus aussi « importante », aussi «courante » même si les tam tam continuent de crier leur joie les lendemains de nuit de noces. L’on pourrait penser à une hypocrisie criarde, moi je pense que c’est juste une manière, un autre prétexte pour ces mamans de fêter encore, de célébrer leurs filles – hymen ou pas – et je trouve ça beau !

En plus Le mariage est pour la plupart de ces mamans un «  accomplissement » pour leurs enfants – les pauvres – C’est comme une fin en soi, une sorte de revanche sur une société qui n’a jamais été tendre avec ces braves mères. Le jour tant attendu est arrivé ! Alors ça se fête !!! « Alors on danse ! »

Danser au nom de la culture, c’est aussi ce qu’a fait ma cousine dans sa faiblesse de malade qui s’éteint à petit feu ; parce que « qui reçoit « saggaru jaam, danse » dit-elle. Cousinage est beau, cousinage est fun. Cousinage permet de transmettre des messages de la part de la famille que d’autres n’osent pas dire… Les ancêtres ont été bien inspirés, il n’y a pas meilleur outil de diplomatie et de facilitation que le cousinage ; qu’il soit au sein de la famille ou celui à plaisanterie. Je trouve ça beau !

Alors que je passais devant Maram pour aller chercher ma tasse de café du matin, mon pagne mal noué sur mon pyjama est tombé. Heureusement que j’avais gardé le pantalon en dessous. N’empêche, elle  a éclaté de rire et dit « je suis bénie, elle a « saalit » devant moi j’ai gagné un nouveau boubou » Et oui elle avait gagné un nouveau boubou, comme le veut la tradition du cousinage.

« Nouveau boubou » est alors arrivé. Maram a « dansé des mains ». Elle était trop faible Elle n’y arrivait pas. Je lui ai dit « OK tu chantes et je vais danser pour toi » . Elle s’est mise à chanter, applaudir, et sourire comme un enfant :

Gallé kaw welli

Il fait bon chez mon oncle

Chez mon oncle l’on me fait manger, chez mon oncle on m’habille

Chez mon oncle l’on me reconnaît dès que l’on m’aperçoit de loin

Chez mon oncle l’on m’accueille dès que l’on m’aperçoit de loin

Gallé kaw welli

Elle a chanté, j’ai dansé. Parce que mon pagne est tombé alors que je cherchais à manger, et qu’elle a gagné un boubou… ( Allez essayez d’expliquer ça à un étranger… 🙂 )

Elle a chanté,j’ai dansé. On a bien rigolé. C’était un beau moment…

Elle a formulé de belles prières (souhaits) et a promis de danser mieux que ça à mon mariage, elle « la grande danseuse des mariages du village ». Mais elle ne sera pas là pour mon mariage. Si j’ai bien compris, ce n’est qu’une question de semaines…

Elle est arrivée trop tard. Elles viennent du village pour se faire soigner en ville, mais souvent elles arrivent beaucoup trop tard: quand ulcère devient cancer, quand infection devient généralisée, quand les médecins disent « on ne peut plus rien faire ».  Ces femmes ne disent qu’elles sont malades que quand elles n’en peuvent plus – cela veut dire quand c’est très grave ! Elles n’ont pas le droit de paraître faibles, de ne pouvoir s’atteler aux tâches ménagères. Pour elles, être malade est une faute grave.

C’est  toujours une leçon de vie, que  de voir la dignité, la joie de vivre le sourire qui les accompagnent, quelle que soit la maladie, quelle que soit la douleur, mais quelle douleur ? Ces femmes sont stoïques devant la douleur. C’est le médecin qui vous dit « elle souffre beaucoup », sinon pas moyen de s’en rendre compte…. Je me demande de quelle argile elles sont faites. Mais ça aussi c’est culturel…